OEUVRE EN COUVERTURE
DE “SE RENCONTRER”,
par Julien Thèves :
“Close” par © Quibe (2023).
Version en néons réalisée par © Vito enseignes.
Site web de Quibe : www.quibe.fr
“SE RENCONTRER”, par Julien Thèves
PARUTION LE 10 SEPTEMBRE 2026
En précommande dès maintenant :
Il faudrait du temps… « Chaque nom renferme une histoire. L’histoire d’une relation, et l’histoire d’une vie, d’une époque, d’une société particulière à un temps et dans un lieu donnés. J’ai tous les noms. C’est eux que je veux chanter, célébrer. »
Avec Se rencontrer, Julien Thèves compose un roman profond, vibrant et bouleversant. Voyage jalonné de rencontres, de la fac à la découverte du milieu gay à Paris, les destins se croisent dans la frénésie du monde de la nuit. Amis, amours, fêtes et sexe. L’auteur continue son exploration intime. Une quête de vérité. Rencontrer l’Autre pour se rencontrer soi ? L’amour des autres nous transporte, nous métamorphose. Les chemins de vie défilent, se mêlent au vent. C’est vivre. C’est choir. C’est se perdre aussi, parfois. Noyé. Mais émergent toujours les mots dans le vide. Écrire comme pour suspendre le temps. Et se rencontrer pour trouver peut-être un écho.
EXTRAIT :
« (…) On rencontrait Christian Lacroix, Jean-Charles de Castelbajac, Patrice Chéreau, Pascal Greggory, Laurent Ruquier, Asia Argento, Frédéric Beigbeder, Anna Mouglalis, des gens comme ça. Derrière le maquillage, sous la perruque, entre chien et loup, d’un jour à l’autre, derrière les mots, la musique et les grands gestes, je ne reconnaissais personne. On pouvait bien me faire croire ce qu’on voulait, être le plus grand mytho. D’ailleurs, souvent, avec Axel on inventait. On répondait n’importe quoi. « Tu fais quoi ? » On inventait notre prénom, notre adresse, notre occupation, on se voulait riche, ou étranger, ou marié, mais parfois quelqu’un nous reconnaissait. Mais on continuait à improviser, à mentir, « Non, on s’est jamais rencontrés. », « On n’a pas couché ensemble, je pense pas. » On était navigateur, pilote d’avion ou photographe, on vivait chez nos parents ou on avait déménagé à Milan. Dans la nuit on se porte bien, c’est une suspension, on invente nos vies, c’est un pays dans lequel on pénètre, ni vrai ni irréel, vrai d’une sorte de vérité qu’on emportera avec soi, et qui disparaîtra avec les années. On ne se rappellera rien – ce sera un effort de mémoire – de ces moments partagés la nuit.
Il y avait un after qui s’appelait La Nuit, vers Pigalle, et qu’on avait désespérément cherché avec Esther (en rigolant), quand elle vivait encore à Paris.
J’aimerais que ce texte, ce moment de nuit soit aussi long que les nuits que j’ai vécues, que celles que j’ai passées dehors, à profiter des lumières, du son, des couleurs, de la réverbération de l’arc-en-ciel. Je voudrais retourner au Bataclan avant l’époque des attentats, aux Bains avant la fermeture. C’est tellement nostalgique, de dire ça. Mais la musique continue.
La boule à facettes tourne indéfiniment au-dessus de la piste. Axel danse avec sa blondeur. Son sourire dévore le monde. Je danse à ses côtés, on a rencontré des gens dans un bar tout à l’heure, on est passés par le bar habituel, puis on est allés dans un autre. Ensuite on a pris un taxi. On s’est tassés à quatre à l’arrière, je me suis assis sur les genoux d’Axel, le chauffeur était OK. On était exubérantes, insupportables, plus féminines, queer que jamais. Le chauffeur devait avoir l’habitude.
La boule à facettes et la musique évoluent sur le même tempo, en fin de nuit, c’est le chill out, la musique est plus langoureuse, c’est toujours de l’électro mais c’est une berceuse, une pavane, je me sens proche d’Axel, et de cet autre garçon rencontré dans la nuit. Demain, dimanche, s’il peut, j’irai chez Tarik. Il faut que je dessaoule. Il faut que j’arrête de prendre des produits.
Je voudrais que les mots soient comme une longue coulée, comme une nuit en boîte, comme une montée d’ecsta. Je voudrais me perdre dans la lumière, dans la fumée, dans l’ondulation des corps. Je voudrais ne faire qu’un avec le son, je danserai, oui je danserai comme les autres et un instant, je serai vivant et mort à la fois. Je serai comme les autres, avec les autres, je serai seul avec mon délire, ma transe.
Je prends, je garde, je suis sculpté par la nuit, façonné par ces années dehors. »
BIOGRAPHIE
Julien Thèves est né à Strasbourg et vit à Paris. Il est auteur, journaliste pour Le Monde et producteur radio à France Culture. Il a reçu le prix Marguerite Duras pour son roman Le Pays d'où l'on ne revient jamais (Christophe Lucquin Éditeur, 2018). Il a notamment publié Les Rues bleues (Buchet-Chastel, 2020) et Ils étaient de l’Est (Abstractions, 2025, sélection du prix Hors Concours 2026).
Crédit photo : © Sébastien Dolidon
AUTRE TITRE DE JULIEN THÈVES DISPONIBLE CHEZ ABSTRACTIONS :
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